Réduire au maximum le risque d’exposition aux pathogènes

Le personnel soignant est confronté tous les jours aux risques que peuvent représenter la manipulation des liquides biologiques. Ces liquides sont produits par le corps humain. Il s’agit principalement ; du sang, des urines, des matières fécales et des expectorations. Ils peuvent représenter un risque pour la santé en raison de la présence potentielle d’agents pathogènes et/ou des résidus de produits cytotoxiques issus des traitements de chimiothérapie.

En plus du risque d’exposition aux liquides biologiques par blessure (coupure ou piqûre avec une aiguille), il y a un risque d’éclaboussures dès que le personnel soignant manipule et transporte les dispositifs contenant des liquides biologiques. Dans certains cas, il y a également un risque de contamination lors du versement de ces liquides dans les toilettes. Ce risque proviendrait de la création de gouttelettes et d’aérosols lorsque la chasse d’eau est tirée. À titre d’exemple, une étude a démontré la présence dans l’air de virus après avoir tiré une seule fois la chasse d’eau (Cooper 2017). Dans cette étude les chercheurs ont également quantifié les virus présents dans l’air en fonction du temps. Les résultats obtenus permettent de constater à la figure suivante, que les concentrations demeurent relativement importantes pendant les 15 premières minutes. Il existe un risque potentiel jusqu’à une heure après avoir tiré la chasse d’eau selon les conditions du milieu et la nature de la dose infectieuse (Cooper 2017).

Le risque lié à la manipulation des liquides biologiques est très élevé

Il y a donc possibilité pour un virus (exemple : virus de la gastroentérite) d’être inhalé ou avec le temps de se retrouver sur une surface ce qui représenterait alors un risque de contamination par contact indirect.

Comme mentionné en introduction, les liquides biologiques peuvent être également contaminés par des résidus de produits cytotoxiques qui proviennent des traitements de chimiothérapie (Fransman 2007). Pour le personnel soignant le risque d’exposition à ces produits se fait sous forme d’inhalation, ou de contact (direct ou indirect) avec la peau ou les muqueuses (Sessink et al. 2015). Le Guide de l’ASSTSAS (2008) relate que sur 18 études, 16 ont décelé la présence de médicaments dans les urines du personnel, dont 4 chez du personnel ne manipulant pas de médicaments. Les auteurs du document pensent que pour les 4 personnes qui ne manipulent pas de produits, la source de contamination est indirecte, par contact avec des surfaces contaminées.

Cette exposition aux produits cytotoxiques peut engendrer différentes pathologies chez les travailleurs. Selon l’alerte émise par le NIOSH en 2004, elle peut occasionner de l’infertilité, des éruptions cutanées, des fausses-couches, des malformations congénitales et possiblement différents cancers.

Outre le risque associé à la préparation des médicaments, la manipulation et le transport des liquides biologiques représentent un risque d’éclaboussures ou de déversements qui peut occasionner une exposition par contact direct avec les médicaments dangereux. À titre d’exemple, des études ont démontré qu’il existait un risque d’exposition lors de la manipulation des urines des patients lorsqu’ils étaient élimés dans les toilettes (Kromhout et al. 2000, Fransman et al,2007). Il est à noter qu’hypothétiquement, il y aurait aussi possibilité de les retrouver dans les gouttelettes et les aérosols lorsque l’on tire la chasse d’eau.

L’exposition aux liquides biologiques peut être possible dans différentes unités d’un hôpital en regard des activités qui y sont réalisées. Le bloc opératoire en est un bon exemple. Les liquides biologiques produits par les activités de chirurgie mettent à risque le personnel soignant tout au long de la gestion de ces déchets. (Larocque et.al., 2017) Juste les liquides provenant des irrigations peuvent produire en moyenne près de 1 282 ml de liquide (Larocque et.al., 2017). Il est à noter que ce volume demeure variable selon le type d’intervention chirurgicale pratiquée.

En regard de ces exemples, la réduction du risque liée à la manipulation des liquides biologiques est donc très importante pour assurer la santé et la sécurité du personnel soignant.

Actuellement, en dehors de la vaccination et des simples pratiques de base (lavage des mains, port des gants, protection des yeux, blouse), il existe peu de techniques qui permettent une réduction du risque lié à la manipulation des liquides biologiques afin de répondre aux besoins des différentes activités de soins. Cependant, pour les salles d’opérations il existe la possibilité d’utiliser un système d’élimination fermé (UETMIS 2018). Toutefois, les avantages économiques de ce type d’équipement nécessitent des volumes importants de production de liquide biologique (10 litres et plus) (Larocque et.al., 2017).

Le système ouvert actuel demeure donc pour l’ensemble des unités de soins la principale alternative pour la gestion des liquides biologiques malgré le fait qu’elle représente un risque important pour les soignants. Cependant, il y a possibilité d’améliorer le système ouvert afin de réduire les risques d’exposition. L’une de ces possibilités est l’utilisation de sacs hygiéniques qui comprennent un tampon absorbant pour les urines, le vomi et les selles liquides. La seconde est l’utilisation de bâton ultra absorbant qui permet d’absorber un litre et plus de liquides. Il suffit tout simplement de l’insérer dans le contenant afin de gélifier le liquide, exemple les contenants à succion, collecte d’urine etc.

Cette façon de faire limite donc de manière importante les risques d’exposition du personnel aux liquides biologiques et par conséquence elle limite aussi les coûts socio-économiques liés au personnel qui développe une pathologie. Il est à noter que ce type de bâton peut être également utilisé lorsqu’il y a de petits déversements dans l’environnement.

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Références :
Association paritaire pour la santé et la sécurité du travail du secteur affaires sociales (ASSTSAS), 2008. Guide de prévention; Manipulation sécuritaire des médicaments dangereux. 158 p.
Cooper J., 2017, The role of hospital toilets in microbial dissemination and the effectiveness of ultraviolet C irradiation, Thesis, University of British Columbia, 104 p. Fransman W, 2007. Antineoplastic drugs: Occupational exposure and health risks , Thesis Utrecht University 168 p. Institut Nationale de Santé Publique du Québec (INSPQ), 2019, Exposition aux liquides biologiques, https://www.inspq.qc.ca/sante-voyage/guide/risques/liquides-biologiques/definition. Kromhout H, Hoek F, Uitterhoeve R, Huijbers R, Overmars RF, Anzion R, Vermeulen R. 2000. Postulating a dermal pathway for exposure to anti-neoplastic drugs among hospital workers. Applying a conceptual model to the results of three workplace surveys. Ann Occup Hyg 44:551-560. Kromhout H, Hoek F, Uitterhoeve R, Huijbers R, Overmars RF, Anzion R, Vermeulen R. 2000. Erratum to: «Postulating a dermal pathway for exposure to anti-neoplastic drugs among hospital workers. Applying A conceptual model to the results of three workplace surveys». Ann Occup Hyg 44:657. Larocque B., L’Espérance S., Nourissat A.,Coulombe M., Rhainds M., 2018, Évaluation d’un système en circuit fermé pour la gestion des déchets liquides biologiques au bloc opératoire dans le cadre des travaux du Nouveau complexe hospitalier du CHU de Québec-Université Laval. Sessink P. J.M., Sewell G. Vandenbroucke J., 2015. Preventing occupational exposure to cytotoxic and other hazardous drugs. Policy recommendations. Editor: Amaya Erce, Rohde Public Policy, 28 p. The National Institute for Occupational Health and Safety (NIOSH),2004. Alert, Preventing Occupational Exposures to Antineoplastic and Other Hazardous Drugs in Health Care Settings. Department of health and human sciences, Centers for disease control and prevention (CDC), 58 p. Unité d’évaluation des technologies et des modes d’intervention en santé (UETMIS)2018, Rapport d’évaluation 10-18, Direction de la qualité, de l’évaluation, de l’éthique et des affaires institutionnelles (DQEEAI), préparé par : FRCPC UETMIS, CHU de Québec-Université Laval https://www.chudequebec.ca/professionnels-de-la-sante/evaluation/evaluation. aspx, 69 p.